27 janvier 2008
"Oh! Hisse! Enculé!"
Dans le monde hétéro, le terme "enculé" est considéré comme un insulte. Il désigne presque tout le temps un homme qui a trahi, qui a révélé ou vendu une information...Bref, qui n'a pas été régulier. Le mot est devenu une insulte laissant entendre que le fait de se faire enculer équivalait à une notion de soumission qu'un homme, un vrai, ne pouvait pas accepter.
Cette récupération et transformation par le filtre d'une société bien normative fait partie des choses qui me font sourire avec, je dois bien l'avouer, une pointe de mépris. Pauvres imbéciles qui dites ça à tour de bras, pour un oui ou pour un non, si vous saviez! Si vous saviez ce que désigne vraiment ce terme sous le vernis de vos fantasmes, vous seriez étonné.
Moi, je suis un enculé, et de première en plus. Pas au sens "hétéro" de l'expression dans son acception morale, non, juste au sens premier de l'acte sexuel qu'il désigne.
En plus, j'adore ça. Est-ce que cela fait de moi un sous-homme? Est-ce que, pour le coup, ma virilité naturelle en est diminuée? Je j'ai cru, un temps, mais je me suis aperçu qu'au contraire, "être un enculé" était sûrement l'une des plus belles illustrations de la masculinité.
La culture hétérosexuelle, même lorsqu'elle est bienveillante à l'égard des homos, véhicule l'idée que "celui qui fait la femme" est un être soumis, que le passif, dans le fond n'est pas un vrai mec. Ces idioties reviennent à ne voir et ne s'attacher qu'à la partie émergée de l'iceberg alors qu'on prétend en expliquer l'ensemble.
Quand j'étais adolescent, je m'étais fondu dans cette idée là. Les enculés c'était les autres, genre les Zaza Napoli et autre créatures emplumées. Les garçons qui attiraient mon regard, ces gaillards solides, eux imposaient une sorte de domination naturelle sous laquelle, paradoxalement, je prenais de plus en plus de plaisir à m'imaginer. A cette époque là, en même temps, je me rendais bien compte que mon petit trou n'était visiblement pas destiné qu'à un unique usage d'évacuation. Quand je le caressais et que je massais cette zone périnéale, les pulsions se faisaient plus fortes, les sensations plus brutes...
Après le furetage presque coupable d'une phalange, une petite voix intérieure me disait de passer enfin à quelque chose de plus consistant, à la recherche de ces sensations nouvelles à peine effleurées. En même temps, l'esprit pratique, de son côté me faisait craindre la douleur en s'évertuant à distiller dans mon cerveau qu'un trou du cul n'était programmé que pour fonctionner dans un seul sens et que je prenais le risque de le distendre au point de devenir incontinent!
J'avais tant de fois entendu autour de moi que "les pédés ont le cul tellement dilaté qu'ils chient partout " (je cite) que je n'étais pas vraiment rassuré.
Avec le recul, je me dis que dans ces cas là, la libido est la plus forte, surtout lorsqu'elle correspond à une phase d'appropriation de son identité. Elle crée des désirs qui sont plus puissants qu'une certaine forme de raison.
La bougie aux extrémités arrondies ne m'apportait pas vraiment de plaisir si ce n'est l'étonnement d'observer qu'elle me pénétrait avec une déconcertante facilité sans que je ressente de douleur particulière. M'aurait-on menti? Et si être enculé faisait du...bien?
Regaillardi par cette découverte je suis passé en peu de temps à des calibres et des formats nettement plus importants et parfois improbables. Ainsi mon cul fut-il visité par des manches d'outils divers -marteau, pioche...- des légumes du jardin -courgettes puis concombres- tous soigneusement préparés au moyen de capotes bien lubrifiées (courageux mais pas téméraire!). La jouissance résidait autant dans la stimulation que dans l'idée de faire quelque chose d'interdit, de se livrer à ce qu'on nommait facilement une perversion.
Je me suis vite rendu compte que j'entrais dans la catégorie des enculés et que le meilleur était à venir.
A cette époque là je vivais à la campagne. Difficile pour moi d'avoir accès à ce qui aurait pu continuer ma formation : presse spécialisée, sex toys... Mon premier gode, je j'ai fabriqué moi-même avec un pain d'argile que j'ai modelé, cuit puis vernis avec un gros vernis de marine. Il était massif, j'avais davantage travaillé l'épaisseur que la longueur. J'avais déjà compris que c'était surtout cette première qui comptait.
Et lorsque mon premier amant -un bel américain qui ressemblait à un libanais avec cette sensualité toute orientale- s'enfonça en moi j'eus la confirmation que désormais mon petit oeillet aurait une autre dimension que celle que la morale voulait bien lui reconnaître.
La pratique m'a aussi révélé qu'on peut être viril tout en étant un spendide enculé, que la passivité, loin du témoignage de soumission vide de sens est l'apanage du "vrai" mâle. Parce que la sodomie est un fabuleux révélateur de virilité et qu'elle possède une vertu formatrice: donner son cul, c'est accepter qu'un autre homme entre en soi, c'est accueillir sa force et (dans l'absolu) sa semence, cela revient aussi à apprendre que la soumission peut-être constructive, acceptée dans le jeu sexuel et qu'elle ne signifie pas se transformer en larve ou simple objet sexuel.
Quand un mâle me prend, je me sens encore plus masculin car il me dompte, il me fait jouir avec sa force et sa douceur...
Jusque dans les années 90, les pornos gays étaient souvent bâtis sur cette répartition des rôle un peu simpliste: le mâle dominant, super bien monté et juteur de première classe d'un côté et les acteurs passifs de l'autre. Il y avait presque même des physiques types trahissant cette répartition.
Dans les production plus récentes, américaines surtout, les choses on évolué. Les acteurs montrent de plus en plus fréquemment, sans retenue qu'ils sont aussi bien des actifs endurants que de splendides passifs fiers de leur masculinité.
Moi je suis un enculé et fier de l'être. Mais à la différence de celui des stades de foot, des cours de lycée ou des cités, je demeure régulier et fidèle à ma morale.

VO playing
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