Van Orso blog

Chroniques d'un Ours pornographique

20 février 2008

La guerre des lettres

SSR contre BBK. Ou deux attitudes que l'on oppose beaucoup trop facilement, comme si au delà de ces lettres, toute une mentalité se trouvait résumée. Pas aussi simple.

Sexe Sans Risque contre Barebacking (comprenez: sexe non protégé). Un enjeu, la vie. Bien entendu et nulle personne sensée ne dira le contraire. Protéger ses relations sexuelles est à la fois un geste responsable et humaniste: je rassure mon partenaire et je me garantis de lui en usant d'une sécurité supplémentaire afin que mon esprit soit libre et entièrement consacré au plaisir, sans crainte.

Une sécurité qui pourtant seule ne suffit pas et c'est là que l'erreur est souvent faite, notamment par ceux qui ont élevé le SSR au statut de principe incontournable. La capote sans l'attitude qui va avec protège, certes, mais ne représente pas une barrière définitive.

En multipliant les plans furtifs entre partenaires venant d'on ne sait-où et partant pour d'autres horizons tout aussi incertains, on augmente la probabilité de contracter une IST, c'est mathématique.

Autant le préservatif a mis du temps à s'imposer, auprès des gays en particulier -pourtant dûrement touchés par l'édidémie du SIDA et sa logique de grande faucheuse-, autant j'ai parfois l'impression maintenant qu'on peut être facilement montré du doigt lorsque l'on avoue ne pas toujours pratiquer en mode SSR.

-Il faut être kamikaze! ai-je déjà entendu.

-Non, pire encore: c'est irresponsable, notamment par rapport à la société et aux gens non informés qui l'ont payé de leur vie!

Ces remarques sont exactes. En partie, tout au moins.

L'objet de cette note n'est pas de faire l'apologie du barebacking mais de dire pourquoi moi, Van Orso, sain d'esprit et de corps, j'assume fonctionner sur les deux modes, conjointement.

Les progrès de la recherche et ceux de la trithérapie ont distillé la fausse et dangereuse idée que le HIV se soigne. On a beau répéter qu'il n'en est rien, que les effets secondaires au traitement sont nombreux et souvent invalidants, l'air du temps n'est pas au maintien du sérieux nécessaire en la matière. Paradoxalement, ce sont souvent les premiers à parler de protection qui adoptent des conduites "à risques". Peut-être parce que la capote, même si elle est notre meilleure alliée, ne permet pas à l'acte sexuel de procurer son véritable effet psychologique.

Que l'on soit pénétré avec ou sans capote, du point de vue des sensations mécaniques cela ne change absolument rien. Je mets au défi quiconque de pouvoir, sans rien en percevoir autrement que par son petit trou, me dire s'il est visité par une queue recouverte ou non de latex.

Ca se joue ailleurs. Dans la représentation que l'on s'en fait. Car, même si on estime que cela paraît exagéré, un préservatif représente une barrière. Une barrière au contact direct entre les chairs, entre les fluides. Le sperme y reste prisonnier et y finit lamentablement sa course là où la nature a prévu qu'il inonde et remplisse.

La capote l'a transformé en poison potentiel... Cela se voit bien dans les pornos où, malgré une grande sensualité, le moment de l'éjaculation sur les corps, les fessiers, les visages est très souvent l'occasion de voir comment les acteurs font tout leur possible pour garder lèvres closes ou les éloigner du nectar devenu danger. Pour certains, l'exercice est particulièrement difficile car on les devine gourmands et prêts à laisser leur langue le recueillir...

Si les produtions X en bbk se développent autant et trouvent leur public, chez les bears en particulier, cela n'est pas le fait du hasard. L'homme qui aime véritablement le plaisir viril aime le sexe au naturel parce qu'il est source d'excitation cérébrale, de fantasmes.

Les temps actuels nous ont programmés à intéger la notion de protection dans nos pratiques sexuelles mais elle se fait souvent avec l'idée qu'il faut renoncer à la pleine portée du plaisir. Cette renonciation est d'autant plus dure quelle n'est pas limitée dans le temps.

Un jour on trouvera un traitement qui protègera du HIV et des IST... Un jour. En attendant, je ne peux me résoudre à l'idée de toujours devoir "m'emballer" et prendre mes distances avec la liqueur masculine pour jouir en toute quiétude...

Es-ce que pour autant je suis un kamikaze? Je ne le pense pas. Parce que cette réflexion sur le sexe au naturel pose immédiatement le problème des risques et que je pense être suffisemment bien informé pour savoir qu'ils sont réèls et qu'ils ne touchent pas que "les autres".

Cette conscience, confrontée à mon goût pour le sexe sans barrières me font chercher une voie intermédiaire afin de concilier ces lettres que j'opposais un peu plus haut: ssr contre bbk.

Au tant le dire, il n'y a pas de recette cent pour cent satisfaisante. De toute manière, pour être totalement protégé des IST, il ne faudrait pas avoir de relations sexuelles et éviter tout ce qui est de l'ordre des piqûres ou des transfusions.

La pratique du barebacking est limitée chez moi à quelques rares garçons qui ne sont jamais des partenaires passagers en ce sens que j'ai développé avec eux une réelle relation basée sur l'affectif, la confiance et sur la durée. Par ailleurs, ils sont souvent en couple ou, tout au moins, liés à une personne en particulier avec qui il m'arrive aussi d'avoir "commerce de chair" comme l'écrivait nos littérateurs d'antan. La relation de confiance se base aussi sur le fait qu'aucun n'aurait intérêt à ne pas jouer franc-jeu avec l'autre.

Ca n'est pas du calcul mais juste une recherche d'équilibre. Le sexe au naturel ne signifie pas non plus l'absence totale de capote. Je peux tout aussi bien l'employer pour une sodomie puis me délecter du foutre de mon "partenaire choisi" par la suite.

Mon fonctionnement est finalement plus "sage" que ce que pourraient laisser croire les différentes notes de ce blog qui sont autant faites de réalités que de fantasmes. La liberté que j'ai prise de pouvoir jouir de mon corps où et quand je veux me rend moins gourmand que si j'en étais privé. Ma pratique du sexe au naturel s'inscrit dans cette logique. Je sais que c'est possible dans une certaine configuration, pas dans d'autres. Mais je n'ignore pas non plus que le basculement est toujours possible, la prise de risques plus importante lors d'un moment où la raison est empêtrée dans les vapeurs du plaisir... Il serait bien présompteux de croire que l'on garde mainmise sur tout.

Je pense qu'il faudrait réfléchir à cette voie intermédiaire au lieu d'opposer systématiquement les choses dans une sorte de rigidité formatée. D'ailleurs, en y regardant de plus près, de plus en plus de studios X très virils et très hard s'y laissent volontiers aller. On peut y apprécier des séances de pilonnages intensives mais tout à fait protégées suivies d'explosions de semence masculines partagées par plusieurs bouches avides sans plus aucune retenue...

Mais peut-être suis-je par trop iconoclaste? Après tout, Van Orso est là aussi pour ça.

bhdap

Posté par QB_VO à 23:31 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'aime beaucoup ton blog, je le suis assidument.

J'aime ton syle d'écriture, et j'aime aussi les " bear", du moins c'est comme ca qu'on les apelle.

Posté par Yoph, 22 février 2008 à 15:00

Chacun est de toute façon responsable de son corps ; le tout c'est de respecter l'autre, d'en parler. L'idée de barrière que tu évoques est très juste et peut bloquer certain, il est vrai. Sans doute certains sont-ils aussi attirés par le bareback pour d'autres raisons, outre le sexe naturel : l'idée de danger peut-être un moteur pour le sexe, qui n'est pas seulement naturel mais peut être cérébral. Le plus important, c'est d'être informé.

Posté par Querelle, 01 mars 2008 à 15:02

Chacun son truc

Tu avais déjà causé ailleurs sur le sujet , perso je dis , si les choses sont faite avec honnêteté (comprenez que les deux partenaires soient au fait de l'état de santé de l'autre) , chacun est en droit de vivre sa sexualité comme il l'entend , je ne pratique pas , mais je ne vais pas jeter la pierre aux gens qui préfèrent ne pas sortir couverts :)

Posté par TAJ, 21 août 2008 à 19:20

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