01 juin 2009
Un peu de pédagogie (2)
Après avoir fait un point sur la terminologie de base et recadré les choses, dans une première partie, continuons ici sans langue de bois si tu le veux bien.
Dans le monde hétéro, surtout masculin, on entend souvent cette remarque lâchée entre deux rires gras, acompagnée éventuellement d'une fausse mine de dégoût, une remarque aussi peu fondée que poétique:
"les pédés doivent avoir le cul tout distendu à force de se faire mettre!".
Mon petit trou en quasi gros plan -le plus artistique possible, tout de même...J'ai une image de marque à préserver!- ci-après devrait parfaitement illustrer le contraire, de même que mon propos. Et Dieu sait que ça n'est pas faute de me le faire explorer et pilonner.

Parlons donc ici de sodomie masculine en écho à une note que j'avais publiée il y a quelques temps sur ce même journal. Une fois encore, les propos gras sont bien trompeurs parce qu'il simplifient à l'extrême des aspects autrement plus complexes...et donc intéressants.
Commençons par le commencement en abordant d'abord le côté anatomique de la chose. L'anus se compose d'un muscle circulaire comme il en existe plusieurs dans le corps (dans le réseau digestif), le sphincter. Ce muscle est organisé pour se contracter et se dilater, action facilitée par une lubrification naturelle allant de l'intérieur de l'ampoule anale (ou rectum) vers l'extérieur afin d'évacuer les selles. Il a donc une certaine capacité d'ouverture et de rétractation, capacité qui se travaille comme se travaille tout autre muscle régulièrement sollicité.
La dilatation n'est donc pas, en soi, un problème puisqu'elle est programmée. La question porterait plutôt sur le seuil maximal. Jusqu'à quelle limite peut-on le dilater?
Le paradoxe vient du fait que la zone périnéale où se trouve l'anus soit chez l'homme en particulier très sensible à l'excitation. Etrange si on ne la considère que sous l'angle d'appareil excréteur.
De plus, le positionnement interne de la prostate (qui fournit le liquide séminal) et tel que l'organe jouxte la paroi de l'ampoule anale. Bref, un simple toucher rectal permet au praticien d'en évaluer la grosseur en cas de problèmes. Les études médicales ont montré que la sodomie agit comme un massage de la prostate, donc comme un stimulant.
Etant donné que les femmes n'ont pas de prostate ou d'organe à portée similaire placé de la même façon dans leur anatomie, la sodomie n'aurait pas le même intérêt mécanique. Pourtant, dans la production X , c'est une pratique courante parce qu'elle excite l'imaginaire masculin...Sans doute plus d'ailleurs que les fantasmes féminins.
Et c'est là que cela devient intéressant. Si l'on considère l'anus juste comme étant un point d'évacuation, on le prive de ce qui est, à mon sens, chez l'homme, son véritable intérêt: une zone fortement érogène en lien étroit avec les centres du cerveau dirigeant les hormones du plaisir et de la satisfaction (dopamine, endorphine...). Pourtant, c'est bien parce que c'est une zone considérée comme "sale", "impure" que la pratique de la sodomie a toujours été condamnée. Par ailleurs, une relation anale ne visant pas à la procréation, la morale animée par les religions a tôt fait de s'opposer à une sexualité sans objectif tangible.
Bien sur, se faire enculer n'entaîne pas de risque de distension. Le soucis viendrait plutôt de la façon de procéder et des risques liés à des micro-blessures de la muqueuse recouvrant ledit muscle.
La lubrification naturelle n'étant garantie que dans un sens, il convient avant de pénétrer de pallier cette défaillance au moyen de gels et autres préparations siliconées qui garantissent, de plus, contre un échauffement du latex du préservatif.
Par ailleurs, comme toute autre pratique sexuelle, celle-ci nécessite de la douceur, une gradation dans l'effort et du temps pour bien la posséder.
L'anatomie, on l'a vu, permet déjà de contrecarrer le postulat de base. C'est le psychisme qui va constituer la meilleure démonstation du fait que, non seulement, la sodomie virile est un vrai plaisir sain, mais qu'en plus, elle est constructive.
Sauf s'il se trouve dans une pièce équipée de miroirs ou encore de caméras, le partenaire dit passif, c'est à dire celui qui subit les assauts de son amant, ne peut pas voir la pénétration. Il la sent et la visualise, mobilisant à la fois le physique et les ressources du psychique. Ce sont ces dernières qui vont donner tout leur sens à ce plaisir.
La dilatation de l'anus, le frottement de la muqueuse contre la hampe veinée du chibre qui défonce, celui du gland contre la prostate accompagnent un véritable chambardement qui a lieu dans la tête.
Celui-ci fait voler les barrières du convenable, de l'image de soi aussi et ouvre des portes enfouies sous des tas d'interdits. L'envie de ne plus s'appartenir mais d'être à l'autre, entre le jouet et l'esclave, surgit. Celle d'une soumission presque totale également même si l'esprit résiste.
Non, je ne suis pas cette salope qui se fait trouer comme une chienne...Et pourtant si, je le suis. Et le pire c'est que j'aime ça! Je veux que le mâle qui me prend soit mon mâle, qu'il me domine totalement, qu'il me possède. Je suis à la foi moi et un autre. La sodomie a rendu la barrière freudienne du surmoi totalement perméable et mes pulsions prennent corps.
Ces sentimenets sont perçus à des degrés divers en fonction du contexte, du ou des partenaire(s), de l'importance qu'on leur accorde, certes, mais on tourne toujours autour des mêmes choses. Ce peut-être aussi l'amour qui habille cet instant de domination et de possession.
La sodomie met à jour ces méandres secrets, elle rend possible leur exploration. Evidemment, une fois l'orgasme passé, on revient à la situation de départ, mais quelque chose a irrémédiablement changé. Voila pourquoi la première sodomie est un moment capital. Ratée, elle renforce les peurs.
Dans l'imaginaire hétéro mâle, l'enculé est celui qui n'est pas vraiment un homme. Précisément parce qu'il subit un outrage. Ici encore l'erreur est grossière car, hormis dans le cas du viol où toute pénétration est ressentie comme une blessure faite à la façon d'une arme blanche, à la fois dans les chairs et dans l'esprit, si le passif se fait prendre c'est qu'il l'a choisi, qu'il le désire, parce que la sodomie le confirme dans sa propre virilité. Pas question d'insulte physique ici.
Et l'on en vient à un aspect central, celui du révélateur. Le sexe anal viril est est meilleur révélateur de sa propre virilité. C'est parce qu'un homme a fait l'expérience de ce voyage en lui même, de cet abandon qu'il prend conscience de ce qu'il peut donner à d'autres mâles, de ce qu'il peut leur révéler de leur propre personnalité.
Alors, après tout ça, tu dois te demander comment ça se passe, quasiment minute après minute, quand on se fait enculer. Je te dirais que le meilleur moyen de le savoir c'est encore de passer à l'acte. Mais je vais tenter de t'en donner un aperçu avec des mots.
D'abord il faut être en confiance, que les mains de ton partenaire se soient beaucoup posées sur toi, que tu aies pu sentir son corps contre le tien, son souffle sur ta peau. Il faut aussi qu'il ait pris le temps d'ouvrir ton petit trou en le caressant du bout des doigts ou en le léchant profondément (ne te rengorge pas, rien n'est sale dans cette pratique), que sa langue soit déjà entrée en toi afin de t'ouvrir en douceur.
Au début, tu auras peut-être un peu mal, car il faut donner le temps au muscle anal de se dilater mais si ton gars est respectueux de toi, il le sentira et adaptera son plaisir au tien. Car cette petite douleur du départ fait aussi partie du plaisir. Le lubrifiant est là pour faciliter les choses et rendre progressivement les mouvements des reins plus amples et les sensations plus agréables.
Dans les pornos, il est de bon ton que le partenaire passif développe en même temps qu'il se fait prendre une splendide érection qui peut même le mener à une éjaculation abondante. Il s'agit là de cinéma car nous n'avons pas tous cette capacité! Aussi ne t'inquiète pas si tu ne bandes pas pendant que ton cul est exploré. Ta jouissance sera alors plus intériorisée, plus psychologique et elle sera double puisqu'après cette première, tu auras tout le loisir de décharger à ton tour.
Il faut surtout que tu abordes la sodomie sans peur, avec une grande curiosité et l'envie de mieux te connaître. Elle est un jeu et un plaisir profondément masculin. Elle te permet de vivre certaines pulsions animales, de te soumettre à plus puissant, mieux monté que toi, sans honte et avec une sorte de jubilation.
Je ne cherche pas ici à te convaincre, juste à te montrer que les jugements hâtifs ne sont finalement faits que de craintes et de méconnaissance. Il en va des choses du sexe comme du reste. Si tu es capable de comprendre que deux mecs qui baisent n'est pas quelque chose "sale" ou "contre-nature", même si toi-même tu ne te sens pas concerné ni particulièrement attiré, alors ma démarche n'aura pas été inutile.